lundi 20 mai 2013

Sur la plage à Trouville- Claude Monet

Je préférais faire semblant d'ignorer l'étendue immense dans mon dos. Simplement me remplir du chuintement de sa vie houleuse et du bruit de succion de l'écume sur le sable. Un baiser, le bruit d'un baiser pensais-je en cet après-midi  de plage, de soleil et de vent calme.

J'avais pris une chaise du jardin pour ne pas froisser ma robe. Je ne me voyais pas marcher sur le sable, toute ombrelle déployée, ne pouvant partager avec personne mes sentiments du jour.
Marcher le long des vagues sans jamais  les toucher, en se tordant les chevilles dans des souliers trop hauts. J'enrageais de cette tenue  " si fraîche" avait dit ma mère, mais si lourde et si longue sur mon corps. Que faisions nous, moi et ma jeune sœur  elle aussi déjà trop grande pour les couleurs pastelles et les cheveux tressés, que faisions-nous sur le sable?

Désœuvrées, nous attendions le soir ou le fraîchissement du vent, pour recevoir enfin le droit de regagner la maison, nos chambres, nos rêves.

L'écume embrassait le sable donc et me troublait. J'imaginais sa caresse sur mon corps débarrassé du chintz bleu et blanc. Mon chapeau sinistre flotterait au loin et mes cheveux défaits m'entoureraient telles des algues sombres. Le soleil brûlerait ma peau nue et mes lèvres prendraient un goût de sel.

Au lieu de cela, j'observais la digue et les maisons serrées les unes contre les autres pour résister aux vents furieux des jours de tempête, au sable qui s'élève en voluptes indociles, aux embruns sournois qui poissent les tentures.

Assise le dos à la mer, je m'évanouissais d'ennui et  d'envies inavouables.


dimanche 17 mars 2013

Der Nisen- Paul Klee- 1915



Nous vivons dans un pays où l'ombre violette du crépuscule côtoie la transparence de l'aube, où soleil, lune et étoiles cohabitent dans le même ciel. La lumière est à nulle autre pareille et donne à toute chose une douceur de sucre d'orge.


Nous vivons dans un pays de confiserie pastelle. L'air est chaud sans être étouffant et une légère brise venue de la mer vient gonfler les jupons légers des filles et effleurer les torses nus des garçons.

Au pied de la pyramide poussent des cactus inoffensifs, dépourvus d'épines, des fusains fiers et droits, des lauriers roses explosant de fleurs, des massifs feuillus verts et pourpres. La végétation bruisse et ondule sous le souffle marin, habitée d'oiseaux multicolores mais craintifs  vifs comme l'éclair. Leur vol zèbre le ciel comme de fugitives étoiles filantes .
La pyramide nous impressionne et nous protège. Elle se découpe telle une pièce de puzzle dans le firmament, qu'une main d'enfant a su remettre à sa place exacte. La pyramide abrite nos craintes et nos rêves. Elle est la porte de nos espoirs et le seuil de nos attentes.

Derrière ses flancs en biseau, le marché fait résonner sa clameur vivante et chamarrée. Les odeurs, les senteurs, les parfums se mélangent et ensorcellent. Les rires et les exclamations s'élèvent et chantent la vie, l'échange et la sérénité d'être ensemble.
Il y a de petites ruelles tortueuses et sableuses, qui bordent des maisons ocres et roses. Les portes sont inutiles et seuls des tissus tendus abritent des regards indiscrets et du soleil trop ardent . Le soir, ou le matin ( sait-on jamais le moment de la journée dans ce pays lune et soleil?) on allume des lucioles de couleur pour guider les regards et les pas, farandole de lampions , guirlande de flammes multicolores.

Et avant de sombrer dans un calme sommeil, chacun cligne des yeux face à l'étoile suprême qui irradie au zénith.
Nous vivons dans un pays de miel et de cieux noirs, de douceurs et de possibles.